Production Titane Spectacles
Spectacle créé en mai 1998 à Bali
En 1931, à Paris, à l'occasion de l'Exposition Coloniale, un prince de Peliatan présente avec la troupe qu'il dirige un spectacle de " danses amoureuses et guerrières " dans le pavillon de la Hollande, aménagé pour l'occasion en temple balinais. La révélation de cette forme dramatique produit sur le public un effet extraordinaire dont les comptes-rendus de l'époque nous ont conservé le souvenir : qu'ils y voient l'expression d'une culture " primitive " ou profondément raffinée, les critiques sont unanimes à relever l'atmosphère onirique et angoissée, la rigueur rituelle, la densité hallucinante et crispée d'" une mise en scène de la peur dans un drame somptueux et coloré " qui semble imposer à ses interprètes d'aller parfois jusqu'à la souffrance et à la dépossession de soi. Mais le meilleur témoin du choc suscité par ce spectacle reste Antonin Artaud, auquel il inspire un essai magnifique, Sur le théâtre balinais, qu'il recueille dans Le théâtre et son double : " La prodigieuse mathématique de ce spectacle mise à part, ce qui semble fait pour nous surprendre et pour nous étonner le plus est ce cïté révélateur de la matière qui semble tout à coup s'éparpiller en signes pour nous apprendre l'identité métaphysique du concret et de l'abstrait et nous l'apprendre en des gestes faits pour durer [...]. Il y a quelque chose qui participe de l'esprit d'une opération magique dans cette prodigieuse libération de signes, retenus d'abord puis jetés soudainement dans l'air. " Près de soixante-dix ans plus tard, l'Odéon (qui abrita jadis le Théâtre des Nations) accueille pour quelques représentations les héritiers directs de la grande tradition balinaise. Loin de tout folklore touristique, le programme qu'ils proposeront sera en tous points semblable à celui que les Balinais se destinent à eux-mêmes et comprendra certaines danses inédites jusqu'ici en Occident, tout en renouant à plusieurs reprises avec certains des plus grands moments de la mythique soirée de 1931 qui avait enthousiasmé Artaud.