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I Demoni

[Les Démons] en italien surtitré
de Fedor Dostoïevski - mise en scène Peter Stein
Ateliers Berthier 18 Septembre 2010 > 26 Septembre 2010
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Qui n’a pas de peuple n’a pas de Dieu !
Fedor Dostoïevski

D’ores et déjà l’un des monuments théâtraux de la nouvelle décennie : Peter Stein, le maître qui régna sur la Schaubühne de 1970 à 1987, revient au théâtre pour se mesurer aux Démons de Dostoïevski, une oeuvre-fleuve dont les trois parties lui ont inspiré un spectacle de proportions également colossales.
La narration, d’une grande fluidité, embarque la communauté des spectateurs et la trentaine d’acteurs qui l’interprètent dans une journée théâtrale au long cours que nul ne pourra oublier. Ce voyage collectif d’une douzaine d’heures, évidemment ponctué de plusieurs entractes, était nécessaire à Stein pour donner à la fresque prophétique que déploient Les Démons l’ampleur qu’elle mérite. La puissance visionnaire du roman déborde de toutes parts les circonstances immédiates de sa composition. Car à en croire le metteur en scène, ce n’est pas seulement le terrorisme et le totalitarisme des XXe et XXIe siècles que le grand romancier russe avait anticipés. Face aux conspirateurs, «simples provinciaux qui n’ont fait que remplacer les valeurs religieuses par les idéologies anarchiste et socialiste», Dostoïevski a aussi dressé le portrait critique de ce que Stein appelle «la génération des pères, celle qui a ouvert le débat libéral sur la possibilité d’un avenir nouveau. Une génération cultivée, mais faible, paresseuse et vouée à l’extinction.
Il y a la Générale, puissante, adroite, dont le code moral est daté, qui finit par tout perdre et ne reconnaît plus le monde oùelle vit. Il y a aussi les jeunes, qui représentent différents radicalismes : l’athée qui chercheà créer l’homme nouveau sur fond de suicide général, le théoricien qui s’invente un système social visant à l’égalité totale et qui finit par prôner l’esclavage, le russophile orthodoxequi ne parvient pas vraiment à croire en Dieu, l’intelligentsia qui organise la terreur et cultive le cynisme, le mensonge et l’absence totale de sentiment [...]. Et tout cela est mêlé d’histoires d’amour, de manœuvres mondaines, d’un conflit matrimonial entre le Gouverneur et sa femme, Julia, tant d’autres choses…».
Mais surtout, à travers les personnages de Verkhovensky, chef d’une cellule révolutionnaire, et de Stavroguine («l’homme del’orgueil, l’homme du défi – mais d’un défi dans le vide», ainsi que le qualifie le traducteur des Démons, André Markowicz), c’est à l’indifférence nihiliste qui ronge notre temps que Dostoïevski tendait déjà un sinistre miroir. I Demoni, avant même de remporter le prix UBU de la meilleure création 2009 en Italie, était destiné à faire le tour du monde ; les Ateliers Berthier seront sa seule escale en France.

à lire Les Démons de Fedor Dostoïevski, trad. André Markowicz, Actes Sud (coll. Babel), 1995 (3 vol.)
 
 
 
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