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Les Enfants de Saturne

création
texte et mise en scène Olivier Py
Ateliers Berthier 18 Septembre 2009 > 24 Octobre 2009
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Pourquoi vouloir le pire ? - Pour que la parole retrouve son poids. Olivier Py

On sait que le divin Saturne dévorait ses propres enfants pour conserver son trône. Le Saturne mortel imaginé par Olivier Py semble de même vouer sa descendance à la dépossession et à la mort. Mais il le fait en laissant faire, pareil à un créateur qui se serait absenté du monde pour permettre à ses créatures d'y exercer leur liberté. Dans cette pièce sans mères, presque tous les liens de la parenté ordinaire sont subvertis - un frère et sa sœur s'aiment charnellement, un père qui rêve de ravager toute beauté est tourmenté d'une passion maudite pour son propre fils... Concentrant en elle toutes les figures de la fureur et de l'excès, la famille est ici au cœur du noir éblouissement tragique. Du moins quand elle n'est pas, moins glorieusement, la matière d'un drame bourgeois : l'un des protagonistes observe que «dans la tragédie, [...] il n'y a aucune raison, rien. Aucune explication. Rien. Mais dans le drame bourgeois il y a une raison à la catastrophe. [...] Notre lâcheté.»

La pièce d'Olivier Py autorise les deux lectures. Sur l'un de ses versants, elle se laisse aborder comme la chronique d'une abdication collective, celle d'enfants qui n'ont pas la force ou la volonté de poursuivre l'œuvre paternelle. La fin de Saturne est aussi, selon son héros éponyme, celle d'une certaine France, d'une République qui a donné son nom au journal qu'il dirige, d'un pays qui était aussi un paysage, une «semence paysanne et littéraire» où l'écriture et la géographie semblaient faire corps. Selon Saturne, cette France-là, qui a «inventé la politique» et «est une idée», paraît désormais incapable de se réinventer, dépourvue de destin et d'Histoire ; et à ses yeux, la faiblesse de ses propres rejetons, héritiers indignes de La République, est le plus triste témoignage de la médiocrité du temps. La vérité de son legs, c'est ailleurs qu'il la reconnaît : là où son fils illégitime a perdu sa main droite pour lui, là où l'encre de La République s'est mêlée au sang de Ré. C'est donc avec Ré, par lui, que l'Histoire va continuer, fût-ce au prix de la tragédie, sans autre «raison» qu'une folle fatalité d'amour et de haine : c'est par Ré que Saturne va peut-être trouver une fin digne de son appétit d'ogre. Le combat du fils et du père, cette lutte lancinante sur laquelle Olivier Py ne cesse de revenir de pièce en pièce, prend ici des accents nouveaux. L'expérience du mal et de la douleur infligée à autrui comme à soi-même est-elle donc la seule voie que l'on puisse frayer vers «l'amour, l'amour, le très pur amour» que Saturne lui-même célèbre in extremis ? La réponse s'incarne peut-être en un jeune homme d'une piété filiale sans bornes : Nour, l'étranger dont le nom signifie lumière, et en son ami Virgile, nommé d'après un poète qui sut traverser les enfers.

 
 
 
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