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La Fin

[Koniec] en polonais surtitré
d'après Kafka, Koltès, Coetzee - mise en scène Krzysztof Warlikowski
Théâtre de l'Odéon 04 Février 2011 > 13 Février 2011
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Regardez-le bien : il y a deux hommes en lui,
et j’ai vu, moi, l’homme par-dessous l’autre
– on dit par-dessous ?

Bernard-Marie Koltès


Un an après Un Tramway, qui s’est joué huit semaines à guichets fermés, l’Odéon-Théâtre de l’Europe a le privilège d’accueillir la nouvelle création de Warlikowski, où l’on retrouve sa façon si particulière d’interroger l’époque à partir de plusieurs textes qu’il télescope en scène pour composer à partir de leurs éclats un état des lieux de notre modernité.
Cette fois-ci, l’amorce du spectacle est une tresse théâtrale à trois brins – du moins pour commencer, et sans préjuger des inflexions que le processus de répétitions pourra entraîner : Le Procès, de Kafka, à travers l’adaptation de Welles ; Nickel Stuff, de Bernard-Marie Koltès ; et Elizabeth Costello, un roman de J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003. Soit un grand texte fondateur du XXe siècle, mais approché par le biais du film ; un scénario de cinéma, mais qui n’existe que sous forme de livre ; et enfin un pur roman, dont l’héroïne, à la fois écrivain (comme Coetzee) et personnage (comme K.), se heurte toujours plus douloureusement aux limites du monde.
Ces trois textes, dans la lecture qu’en propose Warlikowski, renvoient à un même point focal. Leurs protagonistes  approchent un seuil qu’ils ne parviennent pas à traverser : celui «de la loi, de la vie, de la mort». Joseph K., le matin de son trentième anniversaire, se retrouve à son réveil mis en accusation ; à l’issue d’une procédure incompréhensible, il est exécuté par deux comparses sans avoir jamais pu présenter sa défense ni même savoir de quoi il était accusé. Tony, manutentionnaire dans un magasin et danseur «incroyablement doué», gravite silencieusement autour d’un crime possible et cherche son  passeport pour s’arracher à son existence («il y a deux rues dans chaque rue», dit l’un des personnages de Nickel Stuff, «une rue secrète qui se cache sous l’autre, une rue de complots et de mort»). Elizabeth Costello se veut «secrétaire de l’invisible», prête à écrire sous la dictée de toutes sortes de voix, y compris celles des assassins, peut-être, si elle vient à les entendre, «depuis les flammes où ils brûlent». Mais tandis que Joseph K. (qui entend seulement raconter par un prêtre le fameux apologue de la porte de la Loi) ne parvient jamais à rencontrer ses juges, Elizabeth C., elle, a droit à plusieurs audiences, et se retrouve devant la porte qu’elle ne peut traverser, contrainte de subir l’épreuve kafkaïenne du plus implacable des examens de conscience précisément parce qu’elle n’aime pas Kafka… K., Tony, Costello errent sans espoir dans un labyrinthe sans issue, celui d’un rêve où nous nous débattons tous – mais justement, conclut Warlikowski, «là où la sortie n’existe pas, il faut passer par le théâtre».

à lire Le Procès de Franz Kafka, trad. B. Lortholary, GF-Flammarion, 1993
Nickel Stuff. Scénario pour le cinéma de Bernard-Marie Koltès, Minuit, 2009
Elizabeth Costello de John Maxwell Coetzee, trad. Catherine Lauga du Plessis, Points Seuil, 2006

 
 
 
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