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Hamlet

en russe surtitré
de William Shakespeare - mise en scène Nikolaï Kolyada
Ateliers Berthier 07 Octobre 2010 > 16 Octobre 2010
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Ô si cette chair trop, trop solide pouvait fondre,
se défaire et se dissoudre en rosée…

William Shakespeare

Nikolaï Kolyada est encore presque un inconnu en France. Il ne le restera pas longtemps. Révélé en 2009 par le Festival Passages, Kolyada, 55 ans, compte à son actif plusieurs décennies de théâtre et près d’une centaine de pièces. En 2001, il fonde sa propre compagnie, monte ses spectacles dans un sous-sol du centre-ville. Cinq ans après, la mafia le plastique, pour faire main basse sur le local et y créer un restaurant. Mais il en faut plus pour décourager un tel homme, fédérateur d’une troupe magnifique engagée sans réserve à ses côtés, et qui ne peut concevoir le théâtre que comme expérience vitale, concrète, au plus près des paysages, des matériaux, des atmosphères de la Russie d’aujourd’hui. «On dit que je représente l’avant-garde», confie Kolyada, «mais non, je représente le théâtre russe».
Son art, dont on a pu écrire qu’il est «pauvre en moyens, riche en  images», tire un surcroît de force de son manque de  ressources. Kolyada sature la scène d’éléments empruntés à ses promenades dans les quartiers d’Ekaterinbourg ou au marché Chartachki. À ses éventaires, il puise des cuvettes métalliques, des tissus kitsch qu’il pendra à des pinces à linge, des colliers de chien qu’il métamorphosera en bijoux, voire en couronnes. Et devant ses détritus – conserves de nourriture pour chat,  déchets de boucherie, sacs plastique –, loin de détourner le regard, il prend le temps d’observer, de réfléchir, de laisser monter  en lui les idées comme autant de chances de saisir ce que charrie le monde tel qu’il est : «ici il n’y a pas d’atelier, pas d’argent, on travaille avec ce qu’on trouve. J’aime bien mettre sur scène ce qu’on trouve dans les poubelles... Si c’est Nabokov qui regarde cela il peut en dire la beauté. C’est ce que j’essaie de faire : dire la beauté des poubelles.»
Son Hamlet en tire l’énergie d’une fête païenne, d’un rituel soustrait au temps historique. Le texte de Shakespeare est chanté, mâché, psalmodié par des acteurs d’une belle sauvagerie, qui le profèrent comme sont lacérées les pauvres toiles qui pendent aux murs. Parfois, un personnage puise dans un seau un bouchon de liège qu’il se met en bouche avant de le transmettre à son voisin dans un baiser… Vitesse, mélange, contagion président à ce festin impur où le metteur en scène lui-même, travesti en ange dérisoire, joue le rôle du Spectre venu soulever le corps nu d’Ophélie, tandis que son acteur fétiche, Oleg Yagodine, confère au «doux prince» sans repos la beauté viscontienne de son visage et de son corps.

à lire Hamlet ou la tentation du possible d’Ion Omesco, PUF, 1987
 
 
 
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