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La saison

Editorial novembre-janvier

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Le théâtre a mauvais caractère parce que grand coeur.

Quel avenir pour le théâtre ? question récurrente, un peu vaine, sans doute, mais posons-la tout de même, ne serait- ce que pour dénoncer ce curieux singulier : comment imaginer, en effet, qu’il puisse y avoir un unique avenir pour ce genre multiséculaire, qui est un monde en soi ? Seul un regard réducteur chercherait à imposer au théâtre le carcan d’une seule fonction, d’un seul devoir. Carcan que le théâtre a d’ailleurs toujours rejeté. Répétons-le, le théâtre ne résiste pas, il insiste. Il se nourrit et nourrit les sociétés des matériaux qui font les civilisations, le bon, l’injuste, le sale, le beau, les erreurs. Et il est aussi pluriel que ces sociétés et ces matériaux. Le théâtre a mauvais caractère parce que grand coeur. Libertaire, il n’est jamais aussi maladroit que lorsqu’il est instrumentalisé. Brecht lui-même trouverait sans doute délirant – ou amusant – de se voir transformé en spectre, condamné à revenir nous hanter au nom d’on ne sait quel «retour»... Il se murmure en effet, chez certains, que l’élite artistique serait repliée sur elle-même, et qu’il serait temps de revenir au vrai contact avec les populations. Mais ce temps n’a pas à revenir. Aujourd’hui même, comme chaque jour, des milliers de représentants des maisons et compagnies de théâtre parlent à chacun et à tous et poursuivent leur travail au corps, au quotidien… Le peuple n’est pas masse.
Le théâtre est à son image, populaire pour chacun, minoritaire pour tous. La fragmentation et la multiplication de la parole dans des médias omniprésents engendre un pullulement de signes qui ne font plus sens. Le temps du développement d’une pensée est réduit à ce qui est considéré comme efficace, «utile», dans une course chaotique. Le théâtre est au contraire garant et initiateur d’une temporalité retrouvée de la parole, ancrée dans son histoire et son avenir. Il représente peut-être aujourd’hui une reconquête, la possibilité donnée au plus grand nombre de revendiquer sa propre langue. Le théâtre n’a d’ailleurs pas l’exclusivité de la parole. Ses alliés sont nombreux. Voyez dans les musiques actuelles la présence assumée du texte. Écoutez les chroniques sociales de The Streets, les écritures d’Abd alMalik, Keny Arkana ou Diam’s, appréciez la capacité des Têtes Raides à imposer sur disque comme en concert un texte de Stieg Dagerman, songez à Iggy Pop adaptant Houellebecq…
Lecteur ou auditeurs d’une lecture, nous avons tous connu le plaisir de cette combinaison des sons qui fait sens. Le théâtre est texte et mélodie parce qu’il est parole. On peut en sortir sonné, sans avoir tout compris, mais bouleversé par la fraternité d’une parole incarnée. Le théâtre reste l’espace public du partage d’une telle parole. Si notre avenir est en elle, le théâtre n’y manquera pas.
 
 
 
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