
La saison
Editorial printemps 2010
La politique n’est plus un fait littéraire.
Elle n’est plus issue de la pensée et de l’idéologie confrontées aux réalités de la douleur sociale. Elle ne peut plus simplement se représenter comme un combat des exploités contre des exploiteurs. Les banques ne veulent même plus exploiter les classes laborieuses – et les gouvernements éclairés les supplient à coups d’aides financières d’exploiter encore les masses prolétaires. Le diable n’est même plus capitaliste, il est banquiste – absent de la réalité de ceux qu’il ruine, au-delà de l’horizon d’un combat politique.
Alors, plus de politique ? Au contraire : plus de politique que jamais. Mais nous ne sommes plus au vingtième siècle, où des masses puissantes affrontaient des classes exploitées, où la lutte pour le pouvoir s’exprimait en termes de classes dans une machine sociale à la hiérarchie inébranlable. Le combat, aussitôt que le monde a atteint son destin de globalisation, a retrouvé un terrain intime. Il y a encore des pauvres et des riches, mais c’est aussi, voire d’abord, dans une révolution intime que se jouera l’avenir des uns et des autres. Dans et par la culture (ou l’absence de culture) de chacun. La réappropriation du libre arbitre fera la différence, la vraie force. Ce n’est plus l’imaginaire au pouvoir, c’est la présence réelle au pouvoir qu’il faudra réclamer dans cette nouvelle lutte politique, qui ne peut avoir lieu dans une révolution de masse. Ni dans une révolution, ni par le peuple, mais dans une inquiétude, une question, une insistance, un retour portés dans l’intimité de chacun, car c’est là que passe la ligne de front. La force révolutionnaire aujourd’hui est intime. Il ne s’agit plus de lutter pour une reconnaissance sociale mais pour une écologie de sa présence au monde.
À quoi bon ce corps, déjà doté d’une jeunesse virtuelle (chirurgie esthétique), d’une stabilité psychique virtuelle (chimie du désir) d’une conscience virtuelle (communion à la messe médiatique) ? Ce qu’il faut revendiquer, ce n’est plus seulement un corps, fût-il libre ou désirant, mais un corps présent. Et le théâtre est aujourd’hui l’instrument le plus sûr pour réapprendre une présence au monde – une présence réelle du monde qui commence, s’ouvre et s’inaugure à ma présence.
Alors, plus de politique ? Au contraire : plus de politique que jamais. Mais nous ne sommes plus au vingtième siècle, où des masses puissantes affrontaient des classes exploitées, où la lutte pour le pouvoir s’exprimait en termes de classes dans une machine sociale à la hiérarchie inébranlable. Le combat, aussitôt que le monde a atteint son destin de globalisation, a retrouvé un terrain intime. Il y a encore des pauvres et des riches, mais c’est aussi, voire d’abord, dans une révolution intime que se jouera l’avenir des uns et des autres. Dans et par la culture (ou l’absence de culture) de chacun. La réappropriation du libre arbitre fera la différence, la vraie force. Ce n’est plus l’imaginaire au pouvoir, c’est la présence réelle au pouvoir qu’il faudra réclamer dans cette nouvelle lutte politique, qui ne peut avoir lieu dans une révolution de masse. Ni dans une révolution, ni par le peuple, mais dans une inquiétude, une question, une insistance, un retour portés dans l’intimité de chacun, car c’est là que passe la ligne de front. La force révolutionnaire aujourd’hui est intime. Il ne s’agit plus de lutter pour une reconnaissance sociale mais pour une écologie de sa présence au monde.
À quoi bon ce corps, déjà doté d’une jeunesse virtuelle (chirurgie esthétique), d’une stabilité psychique virtuelle (chimie du désir) d’une conscience virtuelle (communion à la messe médiatique) ? Ce qu’il faut revendiquer, ce n’est plus seulement un corps, fût-il libre ou désirant, mais un corps présent. Et le théâtre est aujourd’hui l’instrument le plus sûr pour réapprendre une présence au monde – une présence réelle du monde qui commence, s’ouvre et s’inaugure à ma présence.














