... pourquoi aimez-vous... Lewis Carroll, Marcel Proust... ? L'Amérique sortie du mythe, les 20 ans d'Act Up, la littérature française contemporaine... sont au programme du mois de mars.

La saison > Les spectacles 2009-10
Dimitris Dimitriadis
auteur européen au cœur de la saison 2009 – 2010
Théâtre de l'odéon - Ateliers Berthier
Après Howard Barker, l'Odéon-Théâtre de l'Europe offre à son public l'occasion de découvrir un autre grand dramaturge européen de notre temps : Dimitris Dimitriadis. Deux créations, un accueil, mais aussi des lectures, des tables rondes, le soutien à un projet global de traductions d'œuvres inédites, coordonné par l'Atelier Européen de la Traduction et la Maison Antoine Vitez, ne seront pas de trop pour faire entendre cette voix si particulière, plus de quarante ans après la création du Prix de la révolte au marché noir par Patrice Chéreau.
Grec Dimitriadis ? D'abord écrivain. «Que veut-on dire par une œuvre grecque ?», demande-t-il : «est-ce à partir de sa nationalité qu'on doit évaluer une œuvre artistique ou bien à partir de son importance ?» Commençons donc par l'écriture : on y retrouve la même défiance à l'égard de toute frontière. Dimitriadis est en effet poète et prosateur, romancier, essayiste, dramaturge ; il est aussi un grand traducteur. Cette diversité des pratiques littéraires témoigne chez lui d'une volonté réfléchie d'ébranler la «finitude» de la littérature, de ne jamais laisser l'écriture s'installer dans son propre confort, pour en faire l'instrument et le terrain d'une quête essentielle, au nom d'un besoin qui mène l'écrivain digne de ce nom «au centre de l'être humain et à la manière de décrypter son secret inaccessible». Comment un secret, s'il est réellement inaccessible, peut-il se prêter au décryptage ? L'écriture selon Dimitriadis a sa logique propre, qui a partie liée avec l'impossible. Elle n'est pas une opération abstraite sans prise sur le réel, mais un acte au sens plein, qui ambitionne, pour citer l'une de ses traductrices, Dimitra Kondylaki, d'intervenir dans le monde, «visant par tous les moyens, par tous les biais possibles, à sa transformation» : écrire «démolit pour faire renaître, décompose pour recréer – même si cela se révèle impossible, même si le cycle fatal – Désir, Dépense, Catastrophe – est voué à ne jamais se refermer». L'écriture se retourne en quelque sorte contre ses bases, pour procéder à la destruction purificatrice, libératrice, furieuse, de ce qui, d'un même mouvement, la fonde et l'aliène.
On voit pourquoi la question de la «grécité» est si cruciale pour Dimitriadis ; on saisit également pourquoi le théâtre constitue pour lui, vis-à-vis de l'écriture, un accès privilégié. L'être grec, selon lui, n'est trop souvent qu'une équivoque, permettant aux contemporains de s'approprier un passé et une identité illusoires - un masque qu'il revient aux véritables artistes d'arracher, et dont il faut montrer l'envers : «il faut retourner les mythes, les observer par-derrière». Pour cela, il faut les tenir à distance : s'en séparer sans tout à fait les lâcher, oscillant sur cette limite «où quelque chose ne peut aller plus loin et révèle sa face contraire». La scène est une telle limite, où corps et texte se transgressent l'un par l'autre, en s'exposant sans réserve à autrui dans «une affirmation courageuse de l'éphémère [...]. C'est en cela», conclut Kondylaki, «que l'écriture de Dimitriadis est théâtrale» : pour lui, le théâtre est le lieu même de «l'irrespect vital».
Grec Dimitriadis ? D'abord écrivain. «Que veut-on dire par une œuvre grecque ?», demande-t-il : «est-ce à partir de sa nationalité qu'on doit évaluer une œuvre artistique ou bien à partir de son importance ?» Commençons donc par l'écriture : on y retrouve la même défiance à l'égard de toute frontière. Dimitriadis est en effet poète et prosateur, romancier, essayiste, dramaturge ; il est aussi un grand traducteur. Cette diversité des pratiques littéraires témoigne chez lui d'une volonté réfléchie d'ébranler la «finitude» de la littérature, de ne jamais laisser l'écriture s'installer dans son propre confort, pour en faire l'instrument et le terrain d'une quête essentielle, au nom d'un besoin qui mène l'écrivain digne de ce nom «au centre de l'être humain et à la manière de décrypter son secret inaccessible». Comment un secret, s'il est réellement inaccessible, peut-il se prêter au décryptage ? L'écriture selon Dimitriadis a sa logique propre, qui a partie liée avec l'impossible. Elle n'est pas une opération abstraite sans prise sur le réel, mais un acte au sens plein, qui ambitionne, pour citer l'une de ses traductrices, Dimitra Kondylaki, d'intervenir dans le monde, «visant par tous les moyens, par tous les biais possibles, à sa transformation» : écrire «démolit pour faire renaître, décompose pour recréer – même si cela se révèle impossible, même si le cycle fatal – Désir, Dépense, Catastrophe – est voué à ne jamais se refermer». L'écriture se retourne en quelque sorte contre ses bases, pour procéder à la destruction purificatrice, libératrice, furieuse, de ce qui, d'un même mouvement, la fonde et l'aliène.
On voit pourquoi la question de la «grécité» est si cruciale pour Dimitriadis ; on saisit également pourquoi le théâtre constitue pour lui, vis-à-vis de l'écriture, un accès privilégié. L'être grec, selon lui, n'est trop souvent qu'une équivoque, permettant aux contemporains de s'approprier un passé et une identité illusoires - un masque qu'il revient aux véritables artistes d'arracher, et dont il faut montrer l'envers : «il faut retourner les mythes, les observer par-derrière». Pour cela, il faut les tenir à distance : s'en séparer sans tout à fait les lâcher, oscillant sur cette limite «où quelque chose ne peut aller plus loin et révèle sa face contraire». La scène est une telle limite, où corps et texte se transgressent l'un par l'autre, en s'exposant sans réserve à autrui dans «une affirmation courageuse de l'éphémère [...]. C'est en cela», conclut Kondylaki, «que l'écriture de Dimitriadis est théâtrale» : pour lui, le théâtre est le lieu même de «l'irrespect vital».
Je meurs comme un pays [Dying as a Country] mise en scène Michael Marmarinos
Le Vertige des animaux avant l'abattage mise en scène Caterina Gozzi
La Ronde du carré mise en scène Giorgio Barberio Corsetti
En partenariat avec ![]()














