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La Cerisaie

d'Anton Tchekhov - mise en scène Julie Brochen
Théâtre de l'Odéon 22 Septembre 2010 > 24 Octobre 2010
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Ô mon enfance, ma pureté !
Anton Tchekhov

La Cerisaie est de ces pièces où tous peuvent se reconnaître. Nous sommes transportés dans un monde bien loin du nôtre – en Russie, à l’orée du XXe siècle – et pourtant tout se donne à ressentir avec une grâce immédiate et une délicatesse qui sont le  charme de Tchekhov et son secret.  La Cerisaie : un verger d’une tendre blancheur où passe encore à l’aube la silhouette maternelle, mais aussi des fruits invendables et qui d’ailleurs ne viennent qu’un an sur deux. Un abri hors du siècle, un asile où «rien n’a changé», où la vénérable armoire à livres trône toujours dans la chambre des enfants. Mais aussi un patrimoine grevé de dettes, négligé, déserté par sa propriétaire, où sa fille adoptive s’évertue à économiser en pure perte. Un trésor inaliénable sans lequel Lioubov ne comprend pas sa propre vie, où son père, sa mère, son grand-père ont vécu avant elle, qu’à son retour de Paris elle retrouve après cinq ans avec une émotion intacte. Mais aussi le domaine où Gricha, son fils de sept ans, s’est noyé  dans la rivière... Douze existences entrelacées – une mère, son frère et ses deux filles, quelques domestiques, un voisin, un étudiant, un fils de moujik entré dans les affaires nommé Lopakhine –, un état des lieux de la Russie tracé de main de maître, un an avant la première Révolution. Quatre moments, un par acte, pris dans le cours de saisons qui échangent leurs qualités, depuis la pleine floraison de mai sous le brouillard, par moins trois degrés de température, jusqu’aux troncs noirs et nus que la hache commence à frapper sous un clair soleil d’octobre.
Une célébration du temps, des passés et des futurs plus ou moins illusoires que chacun emporte avec soi, un dernier hommage à la beauté vouée à disparaître, un salut à la mort qu’on sent rôder, adressé avec un certain sourire qui n’est pas de simple ironie :  car ce chant du cygne n’est pas seulement la pièce la plus grave de Tchekhov, elle est sans doute aussi la plus cruellement  drôle.
À son tour, afin de célébrer à sa façon son arrivée à la tête du Théâtre National de Strasbourg, mais aussi le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Tchekhov, Julie Brochen a voulu rêver La Cerisaie. Dans les rôles principaux, Jeanne Balibar et Jean-Louis Coulloc’h (qui fut Parkin, l’homme des bois, dans L’Amant de Lady Chatterley, le film de Pascale Ferran) prêteront leurs présences à ce poème aux reflets insaisissables, dont l’approche exige une grande délicatesse : mélancolique sans complaisance, d’une sombre légèreté, autour d’un jardin invisible et promis à la destruction.

à lire Notre Théâtre, La Cerisaie de Georges Banu, Actes Sud, 2004
Entretien avec Julie Brochen dans le journal La Terrasse

 
 
 
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