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Le chagrin des Ogres

de & mise en scène Fabrice Murgia / Cie Artara
Ateliers Berthier 06 Octobre 2011 > 15 Octobre 2011
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Ce sont des testaments d'enfants.
Fabrice Murgia



En février 2007, pendant un stage de Thomas Ostermeier à Liège, l’un de ses étudiants fait découvrir à Fabrice Murgia le blog de Bastian Bosse, un lycéen allemand de 18 ans qui quelques mois plus tôt, le 20 novembre 2006, avait ouvert le feu dans son établissement avant de se donner la mort. Au cours du même stage, Murgia découvre Le 20 novembre, le spectacle que Lars Norén consacre au blog de Bosse, et choisit de s’y mesurer à son tour avec une équipe composée de trois comédiens, d’un vidéaste et d’un musicien. À tous, il demande d’apporter leur propre journal, car il a la certitude que les textes de Bosse témoignent aussi de leur génération : pourquoi donc a-t-il dévié, et qu’est-ce que cette part noire peut nous dire sur la jeunesse face à notre temps ? Très vite, il choisit d’entrelacer l’histoire de Bastian à celle de Laetitia, qui a grandi dans la peur et se réveille sur un lit d’hôpital… C'est ainsi qu'est né  Le chagrin des Ogres, qui a obtenu en 2010 le Prix Odéon-Télérama du festival Impatience.
La dimension documentaire du travail est, comme on le voit, pleinement revendiquée. Murgia connaît et assume la fascination qu'exercent sur les spectateurs les histoires «inspirées de faits réels», comme l'annoncent certains téléfilms. Mais le jeune acteur, en abordant la mise en scène, ne voulait surtout pas s’en tenir là. Car comme le disait Picasso, qu'il se plaît à citer à ce propos, «tout ce qui peut être imaginé est réel», et c'est bien l'imagination en tant que telle qui intéresse Murgia – l'imagination qui est à la fois notre «dernier espace de liberté intérieure» mais aussi le point d'impact des «images dont nous sommes bombardés». D'où l'apparent et terrible paradoxe : le domaine qui nous semble être notre bien le plus inaliénable, notre imaginaire, paraît tout aussi bien «conçu par ces mêmes images» qui l'envahissent. Aussi le mouvement même du spectacle, conçu en trois parties, vise-t-il à suggérer un voyage, ou une dérive, «du plus cru au plus onirique», sacrifiant le réalisme au nom du réel, renonçant à toute reconstitution factuelle «pour ne garder que la substance “vérité”». Si Murgia part de faits divers pour raconter son époque, c’est pour «larguer un état d’esprit sur le plateau, un cauchemar […].  Le chagrin des Ogres, c’est l’histoire d’une journée au cours de laquelle des enfants vont cesser d’être des enfants. Je ne trouve pas que mon spectacle soit «politique». En fin de compte, il l’est, mais ma démarche pour le faire n’est pas du tout politique. J’ai vingt- cinq ans et c’est ma façon à moi d’enterrer mon enfance. Le spectacle parle de ça, ce sont des testaments d’enfants.»

A lire : Le chagrin des Ogres de Fabrice Murgia, éd. Hayez & Lansman, Belgique, 2010
Lars Norén, Le 20 novembre, tr. fr. Katrin Ahlgren, Paris, L'Arche, 2007.
 
 
 
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