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Un Tramway

reprise exceptionnelle
d'après Tennessee Williams - mise en scène Krzysztof Warlikowski
Théâtre de l'Odéon 25 Novembre 2011 > 17 Décembre 2011
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Un Tramway est un cri de douleur.
Arthur Miller



Après avoir tourné dans toute l'Europe, Un Tramway revient à l'Odéon pour quelques représentations exceptionnelles. Le rôle de Kowalski est toujours tenu par Andrzej Chyra, celui de Stella par Florence Thomassin, celui de Mitch par Yann Collette. Et comme à la création, Blanche DuBois, égarée dans un monde brutal où son cœur et son esprit trop sensibles achèvent de sombrer sous nos yeux, n'est autre qu'Isabelle Huppert. Dès les premières secondes du spectacle, la fêlure de l'héroïne bouleverse ses traits, tord son corps, ravage sa voix. Ses rêves trahis, sa solitude, son désespoir sont des secrets qu’elle n’a jusqu’ici partagés avec personne. Sommes-nous encore chez sa sœur, ou déjà enfermés avec elle dans sa cage intérieure ? Elle n’a plus nulle part où aller, où fuir ce qu’elle est devenue. Et son dernier refuge, au bout de la ligne de ce tramway nommé Désir, est un petit appartement où la proximité des corps, nuit après nuit pendant des mois, finira par tourner au drame… Les morts ont plus d’une façon de hanter la scène. Lorsque Blanche arrive chez Stella, elle porte déjà en elle tout un monde défunt : les derniers échos du Sud mythique des plantations, un passé familial idéalisé, une vie conjugale catastrophique et qui se conclut sur un suicide. C'est elle, aux yeux de Warlikowski, qui se tient au cœur de l’intrigue. Blanche est seule à déployer une intériorité que le metteur en scène a souhaité accentuer en nous ouvrant l’accès à son paysage mental. Comme si Blanche, d’entrée de jeu, n'était déjà plus tout à fait de ce monde – ce monde dur et laid où elle ne cesse de se blesser, en se heurtant aux vitres d’un espace trop étroit pour elle. Des Champs-Élysées à l’enfer, il n’y a qu’un pas – l’enfer qui est «les autres», traversé par les figures de Clorinde ou de Marguerite Gautier, est d’abord celui de Blanche, victime qu’il est défendu de croire et qui porte en elle la plus incurable douleur, sans autre abri que l’asile, sans autre issue que la folie... Warlikowski, on le sait, est particulièrement attentif aux fables qui donnent à voir les mutations du monde et qui en rendent sensibles les signes dans l’intimité des êtres. Pour tracer, d’Éros à Thanatos, la ligne tragique d’une fracture qui se propage sans remède dans la vie de tous, Warlikowski n’a pas seulement commandé à Wajdi Mouawad une version nouvelle du  Tramway. Avec sa co- créatrice de toujours, Małgorzata Szczęśniak, il a conçu un décor très particulier, inattendu et suggestif, qui arrache le chef-d’œuvre de Williams à toute anecdote.

à lire : Tennessee Williams Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Paris, coéd. Comédie-Française / L'avant-scène théâtre, mars 2011
A Streetcar Named Desire by Tennessee Williams © 1947, 1953 renewed 1975, 1981 The University of the South. L’auteur est représenté dans les pays de langue française par l’Agence MCR, Marie Cécile Renauld, Paris en accord avec Casarotto Ramsay Ltd, London.
 
 
 
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