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Entretien avec Firoz Ladak, Directeur des Fondations Edmond de Rothschild et Olivier Py

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logo-fondationrothLe dialogue et l’action

entretien avec Firoz Ladak, Directeur des Fondations Edmond de Rothschild et Olivier Py

Tradition et modernité – Vous avez souvent l’occasion de rencontrer des témoins venus de tous horizons. À l’aube du XXIe siècle, quels nouveaux enjeux se dessinent, selon vous, dans les domaines qui vous intéressent ?
Firoz Ladak – Tradition et modernité ne sont pas des termes incompatibles pour les Rothschild, en particulier pour la branche issue d’Edmond de Rothschild. Son goût de la nouveauté n’a jamais cessé de se manifester, par des relations de mécénat avec le Louvre, Rossini, les Grands Ballets Russes... Cela dit, les défis les plus pressants sont liés aux questions d’actualité, notamment celles dédiées au métissage des cultures et à la nécessaire reconnaissance des identités multiples de tous les citoyens. Il faut ouvrir les consciences à l’importance fondamentale du pluralisme – mais d’un pluralisme fondé sur un terrain commun, celui-là même où le dialogue est reconnu et respecté.
Olivier Py – C’est d’autant plus vrai que la mondialisation s’est accélérée, pour le meilleur et pour le pire. Nous devons militer pour la culture en tant qu’aventure non nationale. La santé de notre imaginaire commun dépend de la vitalité des échanges par-delà les frontières. L’Odéon porte un beau nom : il est le Théâtre de l’Europe. Cette année, grâce au soutien des Fondations Edmond & Benjamin de Rothschild, Impatience, notre festival de jeunes compagnies, aura accueilli pour la première fois des troupes étrangères. C’est ainsi, peu à peu, que se construit la communauté d’esprits qui sera le seul vrai fondement de l’Europe.

Éducation et culture – Comment promouvoir à la fois le souci de l’excellence et la volonté de partage, le temps long de la recherche (artistique, scientifique, pédagogique) et le temps toujours plus court de la modernité ?
Olivier Py – Ce n’est pas une équation insoluble. Il est parfois plus facile de faire entrer dans un art par le biais d’un travail contemporain qu’en invoquant les chefs-d’oeuvre du passé. Par ailleurs, dans les arts d’interprétation, le temps long et le temps court se rejoignent souvent : formation, répétition, performance s’articulent selon un rythme qui est la vie même de notre art.
Firoz Ladak – Impatience, pour reprendre le nom d’une initiative inédite de l’Odéon, ne signifie pas précipitation. L’impatience du progrès, de la réussite, de l’ascension sociale, certes… En matière sociale et culturelle, nous privilégions la médiation et un accès ouvert à l’expression artistique. De telles actions s’inscrivent forcément dans la durée. C’est enfin pour nous une formidable aventure humaine ! Olivier Py – Il faut que les projets communs soient enrichissants sur le plan social et éducatif autant que sur le plan artistique. Notre travail autour d’Eschyle, par exemple, qui en est à sa troisième saison, a été conçu dans cette optique. Il faut oser sortir des sentiers battus pour réinventer les rapports entre éducation, société et culture.

Dialogue interculturel, traversée des frontières, Europe – Les fondations Edmond & Benjamin de Rothschild et l’Odéon-Théâtre de l’Europe sont deux institutions porteuses d’une vocation qui ne s’arrête pas aux frontières d’un pays. Comment concevez-vous le dialogue des cultures ?
Firoz Ladak – Nous sommes par tradition, et dans mon cas précis par adhésion, des Européens convaincus. Nos Fondations privilégient en particulier des actions dans les pays d’où sont issus les Rothschild : Suisse, France, Grande-Bretagne... Nous oeuvrons notamment afin de faciliter un accès mutuel entre l’Europe continentale et le monde anglo-saxon. Par exemple, Londres est une scène artistique d’une grande effervescence – et pourtant, beaucoup d’oeuvres perçues comme «étrangères» ne traversent pas la Manche. Un auteur comme Wajdi Mouawad n’y a jamais été présenté : c’est ainsi que grâce à nos Fondations ce sera chose faite en septembre prochain, en collaboration avec l’Old Vic et Kevin Spacey.
Olivier Py – C’est toute l’Europe qui devrait être un laboratoire mondial, le lieu où «dialogue des cultures» et «culture» seraient réellement synonymes !... À l’Odéon, nous bénéficions du soutien d’une frange de public militant, pour qui ce n’est pas un problème de voir un spectacle en hongrois – même s’il s’agit d’une pièce de Novarina ! Par tradition, par conviction, nous essayons donc à l’Odéon de mettre en place et d’animer un réseau européen d’échanges. Nous avons fait traduire des inédits de Barker, des textes de Dimitriadis, puis nous avons participé à leur publication…
Firoz Ladak – L’un de nos vecteurs phare, c’est le respect de la différence et l’engagement au-delà des frontières culturelles, politiques ou religieuses. Permettez-moi de prendre l’exemple d’une action dont nous sommes les initiateurs. Chaque année, à l’université Columbia, à New York, nous invitons des entrepreneurs sociaux d’origine musulmane et juive, venus de France, de Grande-Bretagne et des États-Unis. Ensemble, ils travaillent sur l’amélioration de leur impact social dans des domaines tels que l’éducation, l’environnement ou la santé. À côté de ce cursus de gestion, l’université de Cambridge est invitée à offrir un programme à la fois historique et humaniste, à valeur interculturelle. Selon nous, tout se tient : la multiplicité des pays, des intervenants, des origines, celle des projets sociaux portés par chacun, celle des approches, qui ne dissocient pas le côté business school du côté culturel, tout cela est nécessaire pour bâtir un projet commun, fonder une vision globale qui seule permettra de nouer réellement le dialogue.
Olivier Py – Bien entendu, le dialogue interculturel n’est pas seulement international. À l’intérieur d’un pays comme la France, ce dialogue doit sans cesse s’approfondir entre communautés ou plutôt, en effet, entre identités. En cela, la double identité de notre théâtre, entre la périphérie nord de la capitale et son centre historique, est une chance extraordinaire et comme un symbole de notre ambition : lancer des ponts de l’un à l’autre afin de faire du théâtre un palais réellement républicain, c’està- dire ouvert à tous, et digne de notre devise – dont le dernier mot, il est bon de le rappeler de temps à autre, est «fraternité».
Propos recueillis par Daniel Loayza, Paris, juin 2010
 
 
 
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