LLUÍS PASQUAL:
"Après la chute en Europe d'une utopie que les hommes n'ont pas su faire aboutir, le mot démocratie résonne avec un espoir mêlé de scepticisme. C'est aujourd'hui le temps de l'incertitude... les vieux démons ressurgissent: racisme, antisémitisme, terrorisme et surtout insensibilité, indifférence, vide idéologique... Comment le théâtre reflètera t-il ce paysage? En sera t-il capable?" Le décret du 1er juin 1990 qui donne à l'Odéon son titre de Théâtre de l'Europe, consacre son indépendance en tant que "maison commune du théâtre européen" et renforce sa mission de "vivifier le patrimoine dramatique de l'Europe".
Le détachement d'avec la Comédie Française est effectif avec la nomination d'un administrateur et d'un directeur artistique maison, dont le premier est Lluís Pasqual pour une durée de deux mandats de trois ans consécutifs. L'Odéon abrite le siège de l'Union des Théâtres de l'Europe dont Giorgio Strehler est le directeur.
Cette période se caractérise par l'élaboration de saisons européennes qui mettent à l'honneur les spectacles en langues étrangères surtitrés: saisons hispanique, russe, d'Europe de l'est, anglaise, irlandaise... On retiendra entre autres mises en scène celles du Balcon de Jean Genet par Lluís Pasqual, du Temps et la chambre de Botho Strauss par Patrice Chéreau, des Pièces de guerre de Bond par Alain Françon et de l'Ile des esclaves de Marivaux par Strehler. En 1994 le Petit-Odéon s'invente une nouvelle scénographie dans l'esprit d'un salon de théâtre.
En 1995, l'Odéon inaugure sa bibliothèque Jean-Louis Barrault qui offre aux lecteurs un fonds théâtral étendu à toute l'Europe. La bibliothèque est enrichie par les archives papiers, sonores et filmées du théâtre.
Le théâtre élargit ses activités à la programmation de Carrefours philosophiques et de lectures de textes inédits.