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[...] UN CABARET HAMLET DE MATTHIAS LANGHOFF

SUR UNE MUSIQUE D’OLIVIER DEJOURS
Théâtre de l'Odéon 05 Novembre 2009 > 12 Décembre 2009
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«EN MANTEAU ROUGE, LE MATIN TRAVERSE LA ROSÉE QUI SUR SON PASSAGE PARAÎT DU SANG»
Ou
HAM. AND EX BY WILLIAM SHAKESPEARE
UN CABARET HAMLET DE MATTHIAS LANGHOFF
SUR UNE MUSIQUE D’OLIVIER DEJOURS
TRADUIT PAR IRÈNE BONNAUD


Si tout allait bien, je ne vois pas pourquoi je ferais du théâtre.
Matthias Langhoff


«Quel plaisir», écrivait récemment Jean-Pierre Thibaudat, «de retrouver Langhoff dans le lit de Shakespeare, un auteur qu'il sent comme le chien sent son maître. Inoubliable et inoublié reste son Roi Lear avec Serge Merlin. Son Hamlet le sera tout autant. Sinon plus.» Créé fin 2008 au Théâtre Dijon Bourgogne, ce «Hamlet-Cabaret» a pour titre exact En manteau rouge, le matin traverse la rosée qui sur son passage paraît du sang ou Ham and ex. by William Shakespeare - tout un programme, ou une promesse que Langhoff tient à sa façon : celle d'un disciple de Brecht et d'un ami de Heiner Müller, pour qui le théâtre ne peut vivre qu'en suicidant allègrement sa propre muséographie. C'est que pour Langhoff, «le théâtre est l'art d'organiser le scandale : il doit révéler le scandaleux et l'obscène que le monde s'efforce de cacher [...]». Et pour y parvenir, le théâtre selon Langhoff charrie librement tous les débris du siècle qu'il arrache sur son passage : comme le confie encore le metteur en scène, «un spectacle, ce n'est pas un produit, c'est un bricolage». Langhoff est donc un bricoleur, et qui s'assume comme tel. La pièce ne fait guère l'objet d'une réflexion «théorique» préalable à son approche artisanale en compagnie des comédiens : «qui est assis sur le dos de qui», s'interrogeait le metteur en scène en cours de travail, «est-ce le cabaret qui est sur le dos de Shakespeare ou Shakespeare qui avance sur le dos du cabaret ? Je ne le saurai qu'à la fin de l'expérience». Le plateau est ici comme un atelier-bazar-dancing où des machines se montent et se détraquent, où des substances se mélangent et parfois explosent, et où surtout sont entreposés toutes sortes de restes de tentatives ou d'obsessions anciennes, de trouvailles de hasard, de pièces détachées ou de fragments orphelins attendant d'être remployés. Cet allègre travail de fabrication / sabotage, dont le mélange de music-hall surréaliste et de vaudeville funèbre a réjoui les publics de Strasbourg et de Sartrouville avant d'imposer son capharnaüm à la Grande salle de l'Odéon, a l'énergie et «la santé furieuse du théâtre qui empêche le monde de tourner en rond» (Gilles Costaz). Ce cabaret princier aura vu par exemple le plus célèbre monologue de l'histoire du théâtre mondial chanté en chœur pendant la distribution de tracts publicitaires, le spectre paternel surgissant d'une poubelle (car le Shakespeare de Langhoff a lu Fin de partie) ou le confident du héros changeant de sexe pour se métamorphoser en Horatia - toutes transgressions puissamment assumées par François Chattot et une magnifique troupe de comédiens, au son du Tobetobe-Orchestra.
 
 
 
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